Une politique sociale d’un autre temps

Publié le par ADC

 

Dans le bulletin municipal du mois de mai le maire d’Angoulême a choisi de répondre à trois questions sur la politique sociale de la municipalité. L’exercice est ambitieux. Présenter les grands axes d’une politique sociale en une demi-page nécessite une maîtrise certaine de la concision.

 

Le résultat est décevant sur la forme. Le maire en profite pour se mettre en avant en rappelant ses différentes fonctions électives : trois lignes de trop qui auraient pu être consacrées au fond. Trois lignes qui peuvent trahir ses arrières pensées. Il se contente en outre de rappeler quelques mesures dont les lecteurs du bulletin ont déjà pu prendre connaissance dans le précédent numéro consacré à la première année de mandat. Etonnement le revenu de solidarité active (RSA) n’apparaît plus dans la liste de ces mesures alors qu’il y figurait il y a moins d’un mois. Le maire se serait-il souvenu que ce dispositif était initié par un gouvernement de droite ? Ou bien est-il inquiet suite au rapport établi récemment sur son efficacité et aux difficultés pratiques d’application entrevues ?

 

Le résultat n’est pas plus convaincant sur le fond. Le maire rappelle certains chiffres, comme la participation de la commune au financement du CCAS ou l’augmentation du budget « solidarités » au sein du budget communal. Dépenser plus n’est pas nécessairement une garantie d’amélioration de la condition sociale des personnes 

 Si certaines mesures annoncées peuvent paraître intéressantes (financement de permis de conduire et de licences sportives), elles ne seront certainement pas suffisantes au regard de la situation décrite.

 

La dimension éducative est peu développée. Il est simplement rappelé qu’un goûter gratuit sera distribué aux enfants. Cette initiative est sympathique. Elle rappelle celle du verre de lait de Pierre Mendés-France dans les années 1950. La comparaison s’arrêtera là.

Cette action est sans doute justifiée, certains enfants n’étant pas nourris comme il convient en raison de ressources financières trop faibles des parents. Mais tous les enfants ne sont pas dans cette situation et la généralisation de cette démarche peut dès lors susciter quelques interrogations.


Une action sociale tout aussi forte aurait consisté à travailler à mettre en place une aide gratuite aux devoirs. Le maire et son équipe s’y étaient engagés lors de la campagne électorale. Aussi nous demandons au maire ce qu’est devenue cette bonne intention.

 

En second lieu le lien entre le social et l’économie est quasi inexistant. Certes une aide sera accordée pour les jeunes en formation ou à la recherche d’emploi pour passer leur permis de conduire. Ce dispositif s’inscrit dans le cadre d’une loi votée à l’initiative du précédent gouvernement en 2005. La majorité municipale n’a donc rien inventé.  

 

Le maire, qui est aussi président de la COMAGA, aurait pu faire le lien entre le taux de bénéficiaires du revenu minimum d’insertion (RMI), qui est de 31,4% et le tableau dressé par l’INSEE au mois de décembre sur la situation de l’emploi dans le département. L’appréhension de la question sociale ne saurait se faire de façon isolée. Elle doit l’être en lien avec d’autres questions, dont celle, principale, de l’emploi. Le risque d’un traitement uniquement fondé sur le versement de prestations serait celui de l’assistanat. C’est d’ailleurs pour rompre avec cette logique que le revenu de solidarité active a été conçu.  

 

Au final citer Zola, comme l’a déjà fait à quelques reprises le maire, ne suffit pas à définir une politique sociale. Les réponses qu’il apporte offrent un contraste saisissant. Alors qu’il ne cesse d’affirmer et de prouver qu’il est entré dans le XXIème siècle pour les nouvelles technologies, il semble être resté au siècle dernier pour élaborer sa politique sociale. C’est le grand bond en arrière !

Publié dans Vu d'Angoulême

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