Mutualisation des services ou concentration des pouvoirs : un nouveau RSA à Angoulême ?

Publié le par ADC

 

Une nouvelle organisation des services est en train de voir le jour à la mairie d’Angoulême. Elle repose sur deux décisions.

 

La première est de mutualiser certains services municipaux avec ceux de la communauté d’agglomération. L’objectif est ouvertement d’améliorer la qualité du service et, implicitement, de réduire les dépenses de personnel. Pourtant la solution retenue n’est pas convaincante.

 

Des contestations sont apparues, dans la majorité comme dans l’opposition, lors de l’examen de la question par le conseil communautaire de la communauté d’agglomération (COMAGA) et lors du conseil municipal. Ces deux collectivités sont apparemment gagnantes. En effet pour quatre agents (directrice de communication comprise) une partie du salaire sera partagée. Ainsi au lieu de rémunérer quatre agents, la COMAGA n’en paiera plus que deux et inversement. 

 

Mais en termes d’efficacité le résultat pourrait ne pas être le même car la mutualisation ne concerne pas un service dans son intégralité mais seulement des chefs de service. Ainsi le même responsable de service aura à gérer deux services différents alors qu’il n’est pas prévu une baisse de la charge de travail dans les services respectifs. La mutualisation devrait également pouvoir engager moins d’agents. Or ce n’est pas la tendance annoncée.

 

Ce n’est pas le principe même de la mutualisation qui est ici mis en cause. Ce sont ses modalités. Que le maire justifie cette décision par une volonté d’agir rapidement alors que le projet « ronronne depuis sept ans » n’est pas un argument. Il confond vitesse et précipitation. On rappellera d’ailleurs au maire que la solution qu’il applique n’est possible que depuis le courant de l’année 2004.

 

Une vraie mutualisation consisterait à créer un service unique qui agisse pour toutes les communes membres de la communauté d’agglomération. C’est d’ailleurs ce que préconise un rapport remis récemment au Premier ministre par Mme Cayeux, maire de Beauvais. Elle incite à la création de centres intercommunaux d’action sociale. La compétence sociale des communes serait exercée par une seule collectivité. Dans cette hypothèse la mutualisation ne prendrait pas seulement la forme d’un arrangement entre la communauté et la ville centre. Cette démarche nécessite du temps et de la concertation. Cela ne semble pas avoir été le cas dans le cadre du présent projet, si l’on se fie aux avis de certains élus de la majorité.  

 

La solution est d’autant moins pertinente qu’elle s’accompagne d’une autre décision. Le maire a décidé de se passer du poste de directeur général des services. C’est comme si un préfet devait travailler sans secrétaire général. C’est à se demander également si le maire a bien conscience de sa mission.

 

Certes le maire peut ainsi se passer d’un salaire non négligeable (mais justifié), qui ne compensera pas toutefois tous ceux dus par les recrutements annoncés. Mais dans la configuration retenue par le maire la fonction de directeur des services apparaissait indispensable. Il aurait réalisé les arbitrages entre différents services et plus particulièrement entre les intérêts de la COMAGA et ceux de la ville puisqu’une seule et même personne aura la charge des services communaux et intercommunaux. Il aurait également continué à assurer la fonction traditionnelle d’impulsion.   

 

Le maire qui se plaignait de travailler quatorze heures par jour va sans doute devoir travailler plus encore. A moins que dans les faits la fonction de directeur des services ne soit assurée par la directrice de cabinet qui exerce les mêmes fonctions à la COMAGA. Angoulême se lancerait alors dans l’expérimentation d’une nouvelle forme de RSA : Rien Sans Annie. Cette hypothèse viendrait confirmer le peu de goût du maire pour la délégation et sa volonté de politisation de son action. Elle ne rassurera sans doute pas les employés municipaux qui ne savaient déjà pas à qui s’adresser pour prendre les directives.

 

Publié dans Vu d'Angoulême

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