Trois ans après : ni partition ni maestro

Publié le par Jean-Philippe POUSSET

Cela fait désormais un peu plus de trois ans que notre ville et son agglomération sont administrées par une nouvelle équipe ou plutôt un orchestre. Pour rester dans la tonalité musicale soufflée par le maire, nous vous proposons de lire les fausses notes que nous avons entendues et ce que nous souhaitons pour Angoulême.

 

Trop de fausses notes

 

Fausse note fiscale : un ton trop haut

 

La principale fausse note est assurément la hausse des impôts adoptée en septembre 2009. Cela vient sans doute d’un malentendu. Alors qu’il avait été promis de ne pas augmenter les impôts pendant la campagne électorale, l’équipe a en réalité compris qu’elle devait « contenir la hausse des impôts » (voir p.4 du bulletin municipal spécial n°29). Contenir quelle hausse dès lors que la précédente équipe n’avait pas augmenté la pression fiscale ? Résultat : chaque Angoumoisin verse en moyenne 72 euros supplémentaires par an.

 

Des bémols sur les accusations répétées :

 

La majorité municipale continue, de son côté, d’incriminer l’Etat et l’équipe municipale précédente. Il n’est pas possible de continuer à laisser se diffuser ces deux idées qui permettent de s’exonérer trop facilement de sa responsabilité :

 

  • S’agissant de la gestion de l’équipe précédente :

 

- la suppression de la dotation de solidarité communautaire (347 000 euros) versée par la COMAGA à la ville a été votée en 2006 pour financer la mise en œuvre de la médiathèque qui est présentée comme le futur phare de notre ville par l’actuel maire.  

 

- si le maire estime que l’attribution de compensation de taxe professionnelle versée par la COMAGA stagne, pourquoi ne fait-il pas le choix de l’augmenter ?

 

- en 2006 et en 2007, la ville a remboursé 10,5 et 10,3 millions d’euros au titre de la dette tandis qu’en 2009 et en 2010, elle n’a remboursé que 9,2 millions d’euros. Soit une marge de manœuvre supplémentaire de plus d’un million d’euros.

 

  • S’agissant de l’Etat : c’est lui qui donne le la !

 

- qui participe au financement des dispositifs que sont l’opération de renouvellement urbain (ORU), le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), les ateliers santé ville et le contrat urbain de cohésion sociale ? L’Etat.

 

- qui participe à hauteur de 2,8 millions d’euros pour les subventions d’investissement dans le budget 2011 ? Encore l’Etat !

 

- qui accorde une subvention de 10 millions d’euros, soit 10% du coût total, pour le financement du busway ? Toujours l’Etat !

 

 

Gestion rigoureuse : un ton en dessous 

 

Afficher sa détermination à vouloir bien gérer les finances de la ville est une chose, y parvenir en est une autre. S’il est mis en avant que les charges de fonctionnement ont augmenté de 10,5% entre 2003 et 2008, elles ont déjà augmenté de 5,8% entre 2008 et 2011… Les effets de la mutualisation ne se font sans doute pas encore ressentir à moins que cette source d’économie soit compensée par d’autres dépenses.

 

Pour rester les pieds sur terre, rappelons que la dette atteint un montant de 79,6 millions d’euros ce qui incite à poursuivre les efforts de gestion en changeant peut-être de tempo.

 

Des projets en mode mineur :

 

Certaines promesses électorales ont été lancées en grande pompe. Trois ans plus tard les Angoumoisins peuvent déchanter.

 

Les conseils de quartier qui devaient renouveler la démocratie locale ont un budget qu’ils n’ont utilisé ni en 2009 ni en 2010. Le référendum restera à l’état de promesse. 

 

Le budget de voirie a été réduit de 300 000 euros pour 2011 alors qu’un plan Marshall était annoncé.  

 

Marche funèbre pour les festivals et le dialogue social :

 

Il est facile d’affirmer que la ville est la cité des sept festivals mais ayons une pensée pour Ludoland et la Garden nef party qui ont disparu du paysage.   

 

Le dialogue social s’est lui aussi trouvé affecté : mises à l’écart d’agents municipaux ; dialogues tendus avec les syndicats (primes, locaux), avec des personnalités extérieures ou avec des élus de l’opposition et de la majorité. Le mode d’emploi de la baguette reste à trouver.      

 

La partition reste à écrire :

 

La berceuse désenchantée depuis 2008 :

 

Le bilan des trois ans, cela fait deux ans qu’on le lit. Cela a déjà été signalé sur ce blog (« Le bilan tourne en rond ») mais il est frappant de constater que les 30 pages proposées en 2011 reprennent quasiment les quelques pages éditées en avril 2009 et en avril 2010. Quel est, dans ces conditions, l’intérêt d’un tel document ? Endormir les Angoumoisins en leur chantant chaque année le même refrain ?   

 

De même que l’alignement des notes ne donne pas un air de musique, le saupoudrage de permis de conduire (30 en 3 ans), d’aide à la licence sportive, de pass culture ou de goûters (dans 8 établissements seulement alors qu’ils sont censés rétablir l’égalité : quel programme pour de simples goûters !) ne constituent pas une politique. Cela berce les Angoumoisins alors qu’ils veulent être réveillés.

 

Nous entendons le nouveau couplet du chef d’orchestre qui se définit désormais avant tout comme un aménageur. Cette prise de hauteur est une façon de s’éloigner des problèmes quotidiens des Angoumoisins. Elle est, par certains aspects, confortable puisqu’elle consiste, pour le moment, à attendre des études et à critiquer les choix de son prédécesseur qui a voulu un développement équilibré de l’agglomération. Elle consiste surtout à avoir les outils pour préparer un second mandat et à faire patienter les Angoumoisins pendant six ans. Ils ne peuvent pas attendre l’horizon des 25-30 ans, surtout le quart de la population qui vit en dessous du seuil de bas revenus.

  

A nous d’écrire une partition pour 2014 :      

 

Nous partageons l’esprit qui anime certaines des actions entreprises : la mise en œuvre du revenu de solidarité active, dont l’initiative appartient à l’Etat ; l’Agenda 21 dont nous regrettons qu’il faille plus de trois ans pour qu’il aboutisse ; la remise en état du patrimoine ; la facilitation du stationnement pour les professionnels. Nous souhaitons plus et mieux. 

 

Au cours de ces trois années nous avons émis des propositions. Certaines sur la propreté ont été prises en compte. Celle sur le service minimum d’accueil dans les écoles les jours de grève a été évoquée lors d’un conseil municipal du mois de décembre 2010 avant de disparaître des projets municipaux. Quant à notre lettre sur la vidéo surveillance, elle est restée sans suite, même pas une réponse dans le courrier des lecteurs du bulletin municipal.  

 

Nous souhaitons une partition lisible fondée sur l’intelligence des acteurs de notre Cité. Nous souhaitons que l’orchestre et son chef fassent preuve d’imagination et ne se contentent pas de se raccrocher aux politiques initiées par l’Etat, le conseil général ou le conseil régional.    

 

Nous souhaitons une partition qui insiste davantage sur l’éducation des enfants (école des parents ; aide aux devoirs), sur l’activité des commerces de centre-ville, sur la sécurité publique (un guide de la tranquillité publique est une bien petite avancée au regard des problèmes rencontrés) et sur un dialogue démocratique apaisé.  

  

Nous souhaitons une partition dont les Angoumoisins puissent apprécier d’eux-mêmes le son harmonieux sans qu’il soit nécessaire de rédiger un fascicule de 30 pages pour les en convaincre.

 

 

 

 

 

Publié dans Vu d'Angoulême

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